Déjà cinq années d’exploitation, l’occasion de faire une pause pour regarder en arrière. La reprise de cette activité familiale était en effet un gros challenge : s’assurer de mes capacités entrepreneuriales, affirmer mes qualités relationnelles et mettre à l’épreuve mes compétences en décoration d’intérieur et bricolage en tout genre. C’est sur ce dernier point que j’ai envie de faire un arrêt, car c’est de plus loin celui qui a demandé le plus d’énergie.
Une décoration chargée, emplie de souvenirs
La décoration de la Résidence Les Dunes était principalement l’œuvre de mon père, qui, très bricoleur quand il n’était pas derrière ses fourneaux ou dans son jardin, y a consacré des heures. Frises en haut des murs, habillage des portes avec des encadrements en bois tapissés, tentures, bouquets de fleurs artificielles, …. le tout s’inscrivant dans son admiration pour les intérieurs de belles demeures et châteaux.

L’Italie était aussi une puissante source d’inspiration. Ma Maman est d’origine italienne et mes parents partaient souvent, après la saison d’été, dans une maison de famille située à Sequals, berceau familial du mosaïste rennais Isidore Odorico et de Primo Carnera, champion du monde de boxe en 1933 et cousin de mon grand-père maternel. Au fil de leurs séjours en Italie mes parents ramenaient des photos et des affiches que mon père encadrait avec soin. Ainsi, jusqu’en 2021, Venise, Capri ou encore Sienne, s’exposaient un peu partout sur les murs cotoyant des vues de l’Ile-Tudy et du pays bigouden : un reflet, finalement, des origines respectives des propriétaires.
La recherche d’une identité
Lorsque j’ai pris la décision de reprendre l’activité, revisiter entièrement la décoration était un impératif. Je n’avais pas imaginé que ce serait une “bataille” à livrer avec mon père, très attaché, comme on peut le comprendre à “sa” décoration. Les moments de tension ont été vifs, à tel point que j’ai fini par menacer d’abandonner le projet si je ne pouvais pas mener à bien ce chantier.
Si, dans un premier temps, j’ai contacté des professionnels pour m’aider dans cette étape de nouvelle décoration des lieux, je me suis vite rendue à l’évidence que mon budget ne pourrait pas suivre. Et puis, en poussant plus loin la réflexion, j’ai réalisé qu’il était important de conserver l’authenticité du lieu, de ne pas nier l’histoire de l’Hôtel les Dunes créé par ma grand-mère. Dès lors, une autre vision des choses s’est imposée : utiliser l’existant. Cela s’inscrivait de plus parfaitement avec l’idée selon laquelle pour remporter la bataille de la décoration avec mon père, il fallait y aller progressivement, en valorisant le travail d’aménagement réalisé par ses soins par le passé, et surtout en l’impliquant systématiquement dans les changements. Par ailleurs, adepte du recyclage et de l’économie circulaire, j’étais très excitée à l’idée de pouvoir relooker du mobilier ou d’en chiner en recyclerie, vide-maison, brocante,… Cela faisait aussi écho à mes ambitions de jeunesse de devenir commissaire-priseur.
quand la coquille saint jacques s’invite dans le decor
J’en profite pour poser ici une anecdote que seuls les proches qui ont suivi le projet de reprise connaissent. En 2020, alors que j’avais commencé à parler de reprendre l’activité et évoquer mon envie d’une décoration en phase avec l’environnement bord de mer, mon père a anticipé l’ajout de cette touche marine à l’établissement en agrémentant les murs de coquillages. J’en parle aujourd’hui avec le sourire, mais à l’époque découvrir des coquilles Saint Jacques pointées au mur dans tous les hébergements et dans les couloirs m’a fait bondir. Par ailleurs mon père étant souvent sujet à l’excès, il y en avait vraiment en quantité. Je vous laisse imaginer le temps qu’il m’a fallu pour non seulement les décrocher mais également boucher tous les trous laissés par les pointes.
LE JARDIN, terrain de jeux favori de la creativité de mon père
Mais cela n’a pas découragé mon père dans son entreprise. Il a récupéré toutes les coquilles saint Jacques, et les a solidarisées en guirlandes pour décorer le jardin. Cela me vaut beaucoup de questions de la part des locataires. Certains, surtout les randonneurs, me demandent si nous avons marché sur les chemins de Compostelle, d’autres si nous sommes des gros consommateurs de coquilles saint Jacques dans la région. C’est toujours l’occasion de partager cette histoire et de répondre à la curiosité des voyageurs sur les lieux.


Une ambiance vintage assumée
La première étape de ce gros projet de home staging a été de déshabiller tous les murs et de les peindre en blanc. Ensuite, à partir d’un tableau, d’un accessoire, ou d’une pièce de mobilier présents sur place, imaginer une atmosphère différente pour chaque hébergement. J’ai été accompagnée dans ce travail par une amie qui m’a beaucoup appris sur l’harmonie des couleurs, l’agencement des volumes, l’importance des accessoires, pour transformer une pièce. Cette collaboration a fait de nous un duo créatif et efficace pour dénicher le bon objet qu’il s’agisse d’un vase, d’un miroir, d’un cadre,… . Chaque pièce achetée voire récupérée (car il y a aussi eu des dons), c’est aussi un souvenir, parfois une anecdote, une histoire à raconter voire un hommage à une personne partie trop tôt. Ainsi, de très belles mosaïques marines, œuvres de Soizic, Maman prématurément décédée de deux de mes amis, ont trouvé leur place dans la maison.


Nous avons également supprimé les voilages présents sur toutes les vitres pour ne laisser que des rideaux en encadrement de fenêtres, et faire entrer la lumière dans les pièces. Bien entendu, le linge de lit et les rideaux ont été renouvelés pour être en harmonie avec les couleurs de chaque hébergement. La literie a également été intégralement changée, j’ai privilégié la fabrication locale en faisant appel à la maison Valentin.
Ainsi la chambre d’hôtes et les 5 studios ont chacun leur propre identité. Pour une cohérence dans toute la maison, l’ambiance des parties communes, escaliers et couloirs, a aussi été revue. Ce fut beaucoup de temps et d’énergie investis en coups de pinceau.
Demandez aujourd’hui à mon père ce qu’il en pense, il vous répondra “c’est vrai que maintenant c’est plus moderne”.

Mais, bien entendu, rien n’est figé car une activité locative nécessite en permanence de l’entretien et une vision évolutive dont l’expérience client est souvent la base.
